Mobilité internationale et orientation académique : un enjeu stratégique pour les étudiants camerounais?

Le phénomène de mobilité internationale des étudiants africains en général et camerounais en particulier ne date pas d’ aujourd’hui, il est vieux de plus de 50 ans. Il permet aux  étudiants de se former à l’étranger dans des domaines divers et variés. La question que l’on peut se poser est celle de savoir si au regard du potentiel de ces étudiants, ces derniers s’orientent-ils toujours vers les formations les plus adéquates par rapport aux besoins de leur marché domestique? par rapport à la demande mondiale? Cet article a pour objectif de poser un regard nouveau sur la mobilité internationale et l’orientation académique des étudiants camerounais, un focus va être fait sur le cas particulier des étudiants camerounais en France.

Retour sur quelques Chiffres :

Les étudiants camerounais en France représentaient en 2011 près de 9,6% de la population des étudiants camerounais, ratio qui peut être estimé aujourd’hui à près de 10%. Avec plus de 6582 étudiants en 2012 pour près de 7279 étudiants en 2014, la France demeure la première destination des étudiants camerounais devant l’Allemagne (5197) et l’Italie. Une réalité qui semble occulter les dynamiques qui structurent le choix de parcours de ces différents étudiants.

Une faible représentation dans des formations techniques et professionalisantes:

S’il est vrai que le nombre d’étudiants camerounais en France est considérable, il faut néanmoins noter la faible proportion de ces derniers dans des formations professionnelles et techniques qui sont pourtant le socle de l’émergence et du développement économique. En effet, en 2014 sur près de 7279 étudiants inscrits seuls 7,9% des étudiants suivaient une formation en école de commerce, 7,8% en école d’ingénieurs et le reste poursuivait un cursus universitaire soit près de 5137 étudiants. Cet écart entre la proportion d’étudiants inscrits à l’université et ceux en école de commerce et d’ingénieurs peut être explicable par plusieurs facteurs : le coût de la formation plus élevé dans des écoles de commerce et des écoles d’ingénieurs, l’exigence de certains prérequis techniques (Bac scientifique) notamment pour les formations en écoles d’ingénieurs, et enfin peut être le plus important l’accès à l’information. En effet, bon nombre d’étudiants ne connaissent pas réellement l’écosystème des études supérieures en France et font des choix généralement basés sur des conseils peu avisés.

Vulgariser l’accès à l’information : une solution pour corriger ce déséquilibre

En 2013-2014 sur près de 1200 étudiants admis en France, environ 50 étudiants ont été admis dans des écoles de type « Grande école » pour moins de 5 étudiants  dans le top 3 des écoles de commerce.Cette proportion est aussi observable en écoles d’ingénieurs. Ce très faible taux d’admission s’explique principalement par le manque de candidats à de tels concours ce qui traduit un véritable besoin d’information de la part de la population étudiante très souvent ignorante des modalités d’accès dans ces écoles d’élites. Afin de pouvoir corriger ces inégalités qui sont fondamentalement liées à l’asymétrie d’informations, il faut communiquer davantage sur les différentes écoles et les conditions d’accès à ces dernières (Concours, TAGE MAGE, passerelles, etc…), développer les échanges sur la diversité des parcours et surtout faire un retour d’expériences par ceux qui accèdent à ces formations.

Vers une véritable contribution des étudiants de la diaspora à l’émergence

Le problème d’asymétrie de l’information réglé, un plus grand nombre d’étudiants pourra éventuellement avoir accès des formations de très haut niveau, plus techniques et potentiellement créatrices de valeur pour leur pays d’origine qu’est le Cameroun. La qualité des ressources humaines est un préalable  l’émergence du Cameroun, aborder la problématique de la mobilité internationale et l’orientation académique permet de mieux mobiliser les forces qui contribueront à faire une réelle proposition dans le débat de la construction Africaine en général et camerounaise en particulier.

Auteur : Christian Charles NKANA